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31 octobre 202613 min de lecture

Restructuration des dettes d'une PME : options et méthode

Restructurer les dettes d'une PME consiste à renégocier le montant, l'échéancier ou la nature de ce que l'entreprise doit, avant que la situation ne vous échappe. En France, la voie la plus efficace est presque toujours la plus précoce : un échange amiable avec la banque, l'administration et les fournisseurs, appuyé si besoin par un mandataire ad hoc ou un conciliateur. Cet article détaille les leviers, les procédures, les délais et la façon de préparer votre dossier, pour un dirigeant qui n'a pas de directeur financier à ses côtés.

En bref

  • Plus vous agissez tôt, plus vous avez d'options : les procédures amiables sont confidentielles et peuvent s'ouvrir avant la cessation des paiements.
  • Après la cessation des paiements, vous avez 45 jours pour demander un redressement ou une liquidation judiciaire, sauf si vous avez demandé une conciliation dans ce délai.
  • Dettes fiscales et sociales, PGE, banque, fournisseurs : chaque créancier a son interlocuteur (CCSF, médiation du crédit, conciliateur).
  • Un plan de restructuration n'a de valeur que si votre trésorerie le supporte : il faut une prévision à 13 semaines et un suivi hebdomadaire.

Table des matières

Quand une PME doit-elle envisager une restructuration ?

Le bon moment n'est pas celui où le compte est à zéro. C'est celui où vous voyez, dans vos prévisions, que les échéances à venir dépasseront l'argent disponible. Une entreprise peut très bien afficher un carnet de commandes plein et voir sa trésorerie se dégrader rapidement : décalage entre encaissements et décaissements, stock qui dort, clients qui paient à 60 ou 90 jours alors que les salaires tombent le 30.

Voici les signaux qui doivent vous pousser à ouvrir le dossier :

  • vous reportez des échéances de TVA, de cotisations ou de loyer pour payer les salaires ;
  • votre banque réduit votre découvert autorisé ou refuse un nouveau crédit ;
  • vous empruntez pour rembourser un autre emprunt ;
  • votre point bas de trésorerie prévu passe sous zéro dans les trois prochains mois ;
  • vos fournisseurs exigent un paiement comptant.

La cessation des paiements, c'est l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible, en tenant compte des délais et moratoires dont vous bénéficiez réellement. Elle déclenche une obligation : le dirigeant doit demander l'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire dans les 45 jours, sauf s'il a demandé l'ouverture d'une conciliation dans ce délai.

Autrement dit, attendre n'est pas neutre. Une fois le délai de 45 jours écoulé sans démarche, votre responsabilité de dirigeant peut être engagée. Si vous vous demandez où vous en êtes, faites le point avec votre expert-comptable ou un avocat spécialisé en entreprises en difficulté avant de décider.

Ce que vous pouvez renégocier, et avec qui

Chaque catégorie de dette a ses règles et son interlocuteur. Le tableau ci-dessous donne la carte d'ensemble.

Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes.

Type de detteInterlocuteurCe qui peut être négocié
Dettes fiscales et sociales (part patronale)CCSFPlan de règlement échelonné
Prêt garanti par l'État (PGE)Banque, médiation du créditÉtalement jusqu'à 10 ans au total
Crédits bancaires, découvertBanque, médiateur du crédit, conciliateurAllongement, différé, baisse des taux
FournisseursDirect, ou via conciliateur / mandataire ad hocDélais, remises, échéanciers
Ensemble des créanciersConciliation, sauvegarde, redressementDélais, remises de dettes, remises de pénalités

Dettes fiscales et sociales : la CCSF

La Commission des chefs des services financiers peut être saisie pour examiner un plan de règlement échelonné des dettes fiscales et sociales (part patronale). Deux conditions : être à jour de vos obligations déclaratives et avoir payé la part salariale des cotisations sociales. Ce second point est décisif : la retenue sur le salaire de vos équipes ne se négocie pas.

Une remise de dettes fiscales et sociales est aussi possible auprès de la CCSF, mais seulement dans le cadre d'une conciliation, d'une sauvegarde ou d'un redressement judiciaire, et la TVA et les droits d'enregistrement en sont exclus. Pour un décalage de court terme, visez donc d'abord l'échelonnement.

PGE : la médiation du crédit

Si vous ne pouvez pas rembourser votre PGE, ne laissez pas l'échéance tomber sans en parler. En cas d'accord à l'issue de la médiation, le remboursement peut être étalé jusqu'à 10 ans au total, avec un différé en capital de 6 mois au plus. La médiation du crédit aux entreprises, gratuite et gérée par la Banque de France, intervient aussi en cas de refus de crédit ou de dénonciation de découvert.

Fournisseurs et bailleurs

Les fournisseurs sont souvent le levier le plus rapide, et le moins coûteux. Un échéancier écrit, assorti d'un engagement ferme sur les paiements courants, vaut mieux qu'un retard silencieux. Notre guide sur la négociation des délais fournisseurs détaille les arguments qui fonctionnent. Gardez aussi en tête le cadre légal : les règles de la loi LME sur les délais de paiement valent dans les deux sens, pour ce que vous devez comme pour ce que vos clients vous doivent.

Les procédures amiables : confidentielles et rapides à activer

Les procédures amiables sont confidentielles et peuvent être ouvertes avant la cessation des paiements, alors que les procédures judiciaires sont publiques. C'est leur atout principal : vos clients, vos fournisseurs et vos concurrents n'en entendent pas parler.

Le mandat ad hoc

Le mandat ad hoc s'adresse à une entreprise qui n'est pas en cessation des paiements. Le président du tribunal nomme un mandataire chargé de négocier à l'amiable avec les créanciers (administration, organismes sociaux, fournisseurs, banques, bailleurs). La procédure est confidentielle et payante. Elle convient bien quand un ou deux créanciers clés bloquent le dossier.

La conciliation

La conciliation permet de négocier avec les créanciers des délais de paiement, des remises de dettes ou des remises d'intérêts et de pénalités. Une fois l'accord homologué par le tribunal, toute action en justice est suspendue pendant son exécution, ce qui protège l'entreprise le temps de redresser sa trésorerie. À savoir : une nouvelle conciliation ne peut pas être engagée avant 3 mois après la fin de la mission du précédent conciliateur.

Depuis le 1er janvier 2025, 12 tribunaux des activités économiques ont remplacé, dans leur ressort, les tribunaux de commerce et les tribunaux judiciaires pour le mandat ad hoc, la conciliation et les procédures collectives. Vérifiez donc quelle juridiction dépend de votre siège.

La conciliation

Les procédures judiciaires : sauvegarde et redressement

Le redressement judiciaire concerne les entreprises en cessation des paiements, la sauvegarde celles qui n'y sont pas encore. Ces procédures sont plus contraignantes, mais elles offrent un cadre protecteur quand l'amiable échoue.

Les procédures judiciaires : sauvegarde et redressement

Les chiffres de la Banque de France montrent l'écart de résultat : environ 70 % des entreprises parviennent à un accord à l'issue d'une procédure amiable, contre environ 60 % en sauvegarde et 25 % en redressement judiciaire. Les coûts indirects d'un redressement peuvent, eux, atteindre 20 % de la valeur de l'entreprise, car les parties prenantes s'éloignent et l'environnement économique se dégrade.

Ce n'est pas une raison d'éviter la procédure judiciaire quand elle est nécessaire, mais c'est une raison de ne pas arriver jusque-là par inertie.

Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes.

CritèreProcédure amiableSauvegardeRedressement judiciaire
PublicitéConfidentiellePubliquePublique
État de l'entrepriseAvec ou sans cessation des paiements (selon la procédure)Pas de cessation des paiementsCessation des paiements
Accord obtenu (ordre de grandeur)Environ 70 %Environ 60 %Environ 25 %

Préparer la négociation en six étapes

Les banques demandent le plus souvent un diagnostic financier réalisé par un tiers expert avant d'ouvrir les discussions. Autant arriver avec un dossier solide.

  1. Dressez la liste complète des dettes. Créancier, montant, taux, échéance, garanties, caution personnelle éventuelle. Sans cette cartographie, vous négocierez à l'aveugle.
  2. Construisez une prévision de trésorerie à 13 semaines. Elle montre votre point bas et la date à laquelle vous manquez de cash. C'est la pièce que les créanciers lisent en premier.
  3. Classez les dettes par urgence et par levier. Salaires et part salariale des cotisations d'abord, puis les créanciers qui peuvent bloquer l'activité.
  4. Définissez ce que vous pouvez payer. Proposez un échéancier réaliste, pas un échéancier espéré. Un plan non tenu coûte votre crédibilité.
  5. Choisissez le cadre. Négociation directe, CCSF, médiation du crédit, mandat ad hoc ou conciliation : le bon choix dépend du nombre de créanciers et de leur poids.
  6. Faites-vous accompagner. Expert-comptable, avocat en droit des entreprises en difficulté, ou le conseiller de la Banque de France pour les questions de financement.

Ce que vos créanciers veulent voir

Un créancier accepte d'attendre quand il a de bonnes raisons de croire qu'il sera mieux payé qu'en cas de liquidation. Montrez donc l'origine de la difficulté (ponctuelle ou structurelle), les mesures déjà prises (réduction de charges, relance des clients, stocks) et les chiffres à venir. Notre article sur la réduction des coûts d'une PME donne des pistes concrètes à mettre dans le plan.

Après l'accord : piloter la trésorerie semaine après semaine

Un accord de restructuration n'est pas une fin, c'est un engagement qui se tient chaque mois. L'erreur classique : signer un échéancier calé sur un budget annuel, puis découvrir en semaine 6 qu'un gros client a payé tard et que l'échéance ne passe plus.

Trois pratiques font la différence :

  • Une prévision glissante à 13 semaines, mise à jour chaque semaine avec les encaissements et décaissements réels.
  • Un seuil d'alerte : par exemple, un solde prévisionnel qui passe sous un montant équivalent à deux semaines de charges fixes.
  • Un point régulier avec les créanciers : prévenir avant l'échéance manquée, pas après.

Notre méthode de cash management pour PME détaille cette routine. Et pour vérifier que votre structure de dette reste soutenable, regardez aussi le taux d'endettement de votre PME.

Et le financement nouveau ?

Restructurer ne signifie pas toujours renoncer à emprunter. Une fois le plan stabilisé, certaines entreprises étudient des solutions de financement sans garantie pour PME afin de reconstituer un fonds de roulement, en veillant à ne pas empiler de nouvelles échéances sur un plan déjà tendu. Notre guide du plan de financement d'une PME vous aide à chiffrer ce besoin avant de solliciter qui que ce soit.

Notre point de vue : on restructure avec des chiffres, pas avec des promesses

Chez Ryvo, nous parlons chaque semaine à des dirigeants de PME sans directeur financier. Le schéma se répète : le dirigeant sent que la trésorerie se tend, mais il n'a ni la prévision à 13 semaines ni le temps de la construire sous Excel. Il arrive alors devant sa banque ou son conciliateur avec un récit, là où le créancier attend un chiffre.

Notre conviction est simple : la négociation se gagne en amont, dans la qualité de la prévision. Un dirigeant qui peut dire « mon point bas est de tel montant, à telle date, et voilà l'échéancier que je peux tenir » change la nature de la discussion. Il passe du statut de débiteur en difficulté à celui d'interlocuteur qui maîtrise sa situation.

Ce n'est pas un substitut à l'avocat ou à l'expert-comptable, dont vous aurez besoin pour une conciliation ou une procédure collective. C'est ce qui vous permet d'arriver chez eux plus tôt, avec un dossier prêt, et de voir plus tôt si l'accord signé tient.

Safae

Un diagnostic chiffré avant de négocier

Si vous devez préparer une discussion avec votre banque ou vos créanciers, notre Diagnostic 13 semaines vous donne votre point bas de trésorerie sous 72 heures, pour 290 € HT en paiement unique. Vous pouvez commander votre diagnostic directement en ligne.

Ryvo, le copilote financier des PME

Ensuite, pour suivre l'exécution de votre plan, nos formules sont à 199 € par mois (Offre Fondateur), 249 € par mois (Standard) et 349 € par mois (Pro), détaillées sur la page des tarifs. La connexion de vos comptes bancaires prend moins de 15 minutes, sans projet informatique, et vous pouvez en lire plus sur notre approche de la sécurité.

FAQ

Peut-on restructurer ses dettes sans passer par le tribunal ?

Oui. Vous pouvez négocier directement avec la banque et les fournisseurs, saisir la CCSF pour les dettes fiscales et sociales, ou demander la médiation du crédit, qui est gratuite. Ces démarches ne passent pas par une procédure collective. Le tribunal n'intervient que pour le mandat ad hoc, la conciliation et les procédures judiciaires.

Quelle différence entre mandat ad hoc et conciliation ?

Le mandat ad hoc s'adresse à une entreprise qui n'est pas en cessation des paiements, alors que la conciliation peut être demandée si cette cessation date de moins de 45 jours. Les deux sont confidentielles et conduites sous l'égide du président du tribunal. La conciliation débouche sur un accord qui peut être homologué et suspend alors les actions en justice pendant son exécution.

Peut-on obtenir une remise de dettes fiscales ?

Oui, mais seulement dans le cadre d'une conciliation, d'une sauvegarde ou d'un redressement judiciaire, via la CCSF. La TVA et les droits d'enregistrement sont exclus de cette possibilité. Pour une simple difficulté de trésorerie, l'échelonnement est la démarche la plus accessible.

Que faire si je ne peux pas rembourser mon PGE ?

Contactez votre banque, puis la médiation du crédit si le dialogue n'aboutit pas. En cas d'accord, le remboursement peut être étalé sur 10 ans au maximum, avec un différé en capital de 6 mois au plus. Parlez-en avant la première échéance manquée.

Sources